Histoire géologique de l’ocre

La formation de l’ocre (a lieu pendant l’aire secondaire des temps géologique)

Les variations de température, couplées à une acidification croissante des eaux de pluie ont dégradé certains minéraux des roches granitiques anciennes du massif central pour produire :

– Des argiles (par dissolution des feldspaths et des micas)

– Des sables siliceux (par libération et fragmentation des quartz)

Alors que certains gros résidus de roches granitiques ont été charriés par les cours d’eau jusqu’à la côte au niveau des embouchures des anciens fleuves (sous forme de galets et de graviers) les particules les plus fines : sables fins, limons et argiles ont atteint la pleine mer.

Elles ont alors été reprises et entraînées par un courant marin, orienté Sud Est, qui a formé un immense banc de sable en se développant parallèlement à la côte (qui était à la hauteur de Montélimar à cette époque).

On retrouve actuellement ce gisement sur plus de 100km de longueur, quelques dizaines kilomètres de large et une soixantaine de mètres d’épaisseur. Il s’étire aujourd’hui du sud de l’Ardèche (07) vers le Var (83).

Ce banc de sable s’est différencié au gré des courants et des époques géologiques pour former 3 gisements distincts qui sont exploités dans le Vaucluse :

  • pour le sable verrier vers Entraigues sur Sorgue,
  • pour l’ocre dans le pays d’Apt, entre Roussillon et Rustrel
  • pour la bauxite en allant vers le Var.

La formation des ocres du Vaucluse est remarquable et exceptionnelle car elle fait appel à la conjonction des trois grands règnes du vivant couplé à de grands, lents et profonds bouleversements géologiques. Cette ocre qui sera exploitée au siècles passés.

Le colorado provençal de rustrel, les différentes nuances de l'ocre

Différentes provenance de l’ocre

La partie argileuse de l’ocre provient du Règne minéral :

La matière première de l’ocre provient de la dégradation et de la recombinaison d’une partie des minéraux des granites sous forme d’argiles, qui aboutissent à la formation de kaolin formé d’oxygène, d’aluminium et de silicium.

La couleur est apportée par le Règne Animal :

Ses couleurs viennent d’une quantité exceptionnelle de fer qui a été extrait de l’eau de mer, concentré et enfouit dans les déjections de crustacés qui ont vécu sur et dans le banc de sable à une époque où la mer était chaude et peu profonde. Le fer s’est ensuite combiné aux minéraux présents dans le sable pour former une première argile très ferrugineuse de couleur gris-vert, appelée « glauconie« .

La transformation de l’argile, sa coloration et la fixation de la couleur grâce au Règne végétal :

La glauconie a été transformée en kaolin, et colorée par des hydroxydes et oxydes de fer, suite à l’apparition d’acides humiques, provenant de la décomposition de feuilles de palétuviers dans une mangrove saumâtre qui s’est installée en surface du gisement, suite à un soulèvement du fond marin.‍

Les différentes couleurs de l ocre du Colorado Provençal

Enfin , allant vers un assèchement progressif et  une exposition répétée des sables à la pluie et l’air libre, sous un climat devenu tropical puis de plus en plus sec. Le fer s’est oxydé,  a migré et s’est fixé, colorant au passage les ocres et tout le massif dans des teintes allant du jaune au rouge en passant par toutes les nuances de orange au noir-violine par phénomène de latérisation du sol qui a décoloré certaines ocres de leur fer pour créer des ocres « blanches »  et former des cuirasses ferrugineuses, qui ont été exploitées comme minerai pour la fabrication de fer en haut fourneau.

Plus au sud, cette altération latéritique a tellement été poussée qu’elle a conduit à la dissolution de la silice qui compose le kaolin des ocres, ne laissant alors que l’alumine et le fer, sous forme de bauxite, exploitée dans le Var pour la fabrication de l’aluminium.

Texte de David Challier, géologue, qui organise avec le Conservatoire des Métiers du Patrimoine de Provence et des Alpes du Sud (COMPPAS) des visites dans le Massif des Ocres.