L’aventure industrielle de l’ocre

L’aventure industrielle des Ocres de Rustrel: 1871 – 1991

Appelés « colline aux mille couleurs » ou « Colorado Provençal »

les paysages exceptionnels des ocres de Rustrel sont le résultat du travail combiné de l’homme et de la nature.

L’œuvre de la nature

Il y a 230 millions d’années, la Provence était recouverte par la mer. Les sédiments qui s’accumulent au fond des eaux forment les calcaires blancs du territoire. Lorsque la mer s’approfondit, vers – 110 millions d’années, des sédiments sablo-argileux de couleur verte recouvrent les calcaires. Dix millions d’années plus tard, après le retrait de la mer, des pluies tropicales provoquent l’altération de ces sables. L’oxyde de fer qu’ils contiennent se concentre et provoque la cristallisation de minéraux argileux auxquels se combinent les oxydes de fer jaunes et rouges. Le minerai d’ocre est donc en quelque sorte une argile chargée d’oxyde de fer, associée à une très forte proportion (80 à 90%) de sable. Vous pourrez retrouvez plus en détail la formation de l’ocre sur notre page de géologie.

Une aventure commune

Depuis deux siècles, les ocriers du pays d’Apt extraient et raffinent ce pigment argileux pour en faire des gammes de couleurs expédiées vers tous les continents.

Le gisement d’ocre du pays d’Apt s’étend sur une bande de territoire de 25 km d’ouest en est, entre les villages de Roussillon et de Gignac en passant par Rustrel.

Commencée à Roussillon à la fin du XVIIIe siècle, l’exploitation de l’ocre reste à un stade artisanal jusque vers 1880 (arrivée du chemin de fer).

L’âge d’or de l’exploitation industrielle de l’ocre durera de 1890 à 1930. La crise de 1929, l’apparition des colorants synthétiques et la fermeture de certains marchés provoqueront un déclin inéluctable.

Aujourd’hui, seule la Société des Ocres de France exploite les ocres en pays d’Apt, alliant méthodes traditionnelles et techniques nouvelles.

Les méthodes d’exploitation de l’ocre

L’extraction du sable ocreux se pratique soit dans des carrières à ciel ouvert, soit dans des galeries souterraines.

À Rustrel, l’extraction se faisait essentiellement à ciel ouvert, même si certaines usines disposaient de galerie, notamment sous la colline de Trébaillon.

Une fois le minerai extrait, l’ocre est séparé du sable par des opérations de lavage et de décantation. En bout de parcours, l’eau chargée de pigment se déverse dans les bassins de décantation. Lorsque ceux-ci sont remplis d’une épaisseur de 30 à 40 cm de pigment, le contenu du bassin est découpé en briques, qui une fois sèches, sont envoyées à l’usine pour y être broyées et tamisées. Une fois conditionnées, les ocres de Rustrel et du pays d’Apt sont envoyées vers les quatre continents.‍

L'histoire Rustrelienne et l'exploitation de l'ocre

Les débuts de l’aventure rustrélienne

L’exploitation de l’ocre à Rustrel débute en 1871. Le premier ocrier, Jean Allemand, surnommé Jean de l’Ocre, raffinait son ocre dans les anciennes minoteries de farine situées dans l’usine de fer du quartier Saint-Pierre, dite « usine du Bas ».

À Rustrel, l’extraction s’est toujours faite avec des moyens artisanaux, même au plus fort de l’exploitation. La pelle et la pioche n’ont été supplantées par le bulldozer qu’à une époque récente, alors que la production était déjà divisée par 20. Bien souvent, les ocriers de Rustrel étaient également agriculteur, puisque les deux activités sont complémentaires dans l’année.

En raison des nombreux risques liés aux mines et carrières, cette activité est vite réglementée. Chaque ouverture de chantier doit faire l’objet d’une demande officielle de la part des ocriers. Ces documents, aujourd’hui archivés nous permettent de suivre l’histoire des exploitants des ocres de Rustrel.

Les usines d'ocres à Rustrel

Les grandes dates de l’exploitation ocrière

À la suite de Jean Allemand, plusieurs chantiers s’ouvrent à Rustrel. Dès le début des années 1880, en raison d’un marché florissant depuis l’arrivée du chemin de fer en pays d’Apt en 1876, les carrières se multiplient.

Ainsi, en 1885, 12 chantiers sont exploités à Rustrel. L’exploitation se poursuit à un rythme soutenu à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. En 1900, Rustrel compte 10 chantiers. En 1925, ce sont 22 chantiers qui occupent 84 ouvriers.

Comme ailleurs en pays d’Apt, l’industrie ocrière décline à partir des années 1930.

Après la Seconde Guerre mondiale, les chantiers ferment progressivement. Le dernier coup de pioche est donné en 1991 par Roger ARNAUD.

Les témoins de cette aventure dans le Colorado

Les tuyaux de lavage de l'ocre

De nombreux vestiges de l’industrie de l’ocre sont encore parsemés dans le Colorado Provençal : canalisations, bassins de décantation, cabanon en briques abritant les moteurs des pompes qui servaient au lavage de l’ocre… Le premier moteur à gaz pauvre est installé à Rustrel en 1895.

Plusieurs vestiges de wagonnets des ocriers rappellent l’importance du transport de l’ocre de la carrière au lavage et du lavage à l’usine. Celui-ci était assuré différemment suivant les entreprises et les époques : tombereaux tirés par des chevaux, puis par camions et wagonnets basculant, sur rails, tirés par un cheval ou une petite motrice, à partir des années 1920/30.

Site industriel, naturel et touristique

Le Colorado de Rustrel constitue, avec l’ensemble du massif des ocres du pays d’Apt, un site classé au titre de la loi du 2 mai 1930 sur le patrimoine naturel.

Depuis l’arrêt de l’exploitation ocrière, la nature a repris ses droits et le paysage est en constante évolution sous l’effet de l’érosion. Le massif ocrier est également un espace privilégié où se développent une flore et une faune exceptionnelles.

Les vestiges de l'exploitation de l'ocre

Aujourd’hui, c’est au rythme d’une autre aventure que vit le Colorado de Rustrel : celle d’une démarche de classement Grand Site de France pour l’ensemble du massif ocrier du pays d’Apt. Cette démarche collective traduit l’envie de préserver ce site naturel et industriel, tout en le faisant découvrir et partager.

Texte de Sandra Poëzevara, Directrice du Musée de l’Aventure Industrielle à Apt.